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Loi HADOPI : pas blindé, mais plombé.

10/03/2009 2 commentaires

HADOPI - Le Net en France : black-out

Ca bombarde de partout ! Tout comme feu le projet DADVSI, le projet de loi fait remonter une quantité et une diversité incroyable d’avis tous convergents (on parle des gens compétents sur le sujet). Et c’est du lourd : scientifiques, économistes, juristes, institutions publiques (CNIL, ISOC France)… Pourtant, je me faisais haranguer hier par un <biiip…> sur la nécessité de réguler internet, soit disant espace de “non droit”. Bref. Passons à la revue de presse sur HADOPI :

  • Un contre-argumentaire sur le rapport HADOPI, très sérieux et argumenté par un consultant, qui déshabille complètement la démarche intellectuelle de celui-ci. (Fabrice Epelboin blogue sur ReadWriteWeb, site de référence sur les technologies internet)
  • “Hadopi est une mauvaise réponse faite par des gens désemparés”, Interview de Patrick Waelbroeck, professeur associé à l’ENST au département Economie et Science Sociale. Il y enseigne l’économie industrielle et l’économétrie. Il est détenteur d’un doctorat  obtenu à la Sorbonne et fait une partie de ses études à Yale. Ses recherches actuelles portent sur une approche à la fois pratique, scientifique et empirique du piratage sur internet et la protection technologique des industrie créatives. Il est également membre du comité éditorial du Journal of Cultural Economics. Il a publié de nombreux travaux sur le sujet du piratage et de l’industrie culturelle.
  • Le bloggeur Tristan Nitot : “Le rodéo – peplum d’Hadopi”, article très drôle sur le comportement caricatural du pouvoir sur ce dossier. Effectivement, on doutera de la méthode et de la compétence de tels éléphants s’invitant dans un magasin de porcelaine. (Au moins, çà fait du bruit sur le web).
  • Maître Eolas, avocat et bloggeur (de talent). Une référence sur le web. Il publie, lui aussi, sur l’amateurisme et l’approximation des acteurs du dossier en matière de droit. Luc besson soutient le gouvernement, et s’expose dans les médias (“le monde”). Fallait pas.
  • L’association de consommateurs “UFC-Que choisir” informe les consommateurs, c’est son rôle. Il y a même une jolie parodie. Une étude est publiée ici, avec en annexe un constat d’huissier, plutôt amusant : le mode opératoire complet et documenté par huissier sur la façon de “craquer” n’importe quel point wifi sécurisé. (HADOPI prévoit la pénalisation du propriétaire d’un point wifi qui aurait servi au “piratage”)
  • Un article dans MediaPart.fr, par Philippe Aigrain (informaticien, chercheur, ancien chef du secteur technologie du logiciel à la Commission européenne, voir sa bio). Des idées, pour ouvrir enfin les voies d’un vrai débat sur le sujet.
  • Un point de vue sur les motivations politiques du projet. “Hadopi: surveiller et punir internet“ écrit par André Gunthert pour le Monde Diplomatique.

Les technologies font émerger des “usages” et des “pratiques”

16/01/2009 Aucun commentaire

388704730_mLa lecture du post de François “Les outils induisent un système de pensée” (voir-ci-dessous), m’a fait penser à ce livre fondamental que Pierre Lévy a publié en 1990 : “Les technologies de l’intelligence. L’avenir de la pensée à l’ère informatique“. L’objet de ce livre (qui a donc presque 20 ans, et que je recommande à tous les étudiants en communication !) est de repenser “le rôle des technologies informationnelles dans la constitution des cultures et l’intelligence des groupes”. Sa lecture peut nous permettre de mieux comprendre les enjeux et les ressors des “réseaux sociaux” contemporains, et les logiques d’innovation à l’ère de la “convergence numérique”.

L’auteur nous rappelle que chaque innovation technique constitue – au sens fort – une création de significations, et qu’elle a donc une “fonction de structuration du monde perçu“. Elle a ainsi un rôle majeur dans notre “activité cognitive” (qui consiste à produire du sens) “… l’activité cognitive… vise à produire un ordre dans l’environnement de l’être connaissant, ou tout au moins à diminuer la part du bruit et du chaos.

Nous devons penser notre environnement – et nous penser nous-même dans cet environnement – en terme d’ “écologie cognitive”, dans la mesure où “L’intelligence ou la cognition sont le fait de réseaux complexes où interagissent un grand nombre d’acteurs humains, biologiques et techniques.“, écrit le philosophe. “En écologie cognitive, il n’y a pas de causes et d’effets mécaniques, mais des occasions et des acteurs.” Ainsi, les notions de réseaux, d’interactions et d’interfaces sont des notions majeures pour penser, prendre et comprendre, ce que P. Lévy appellera dans un ouvrage ultérieur “le cyberespace”, et la problématique générale de “l’émergence”. Cette écologie cognitive a une forte dimension technique. Or, trop souvent la technique est pensée sur le mode de l’extériorité (la fameuse séparation cartésienne entre le “sujet” et “l’objet”, pilier de notre culture héritée) et sur le mode “déterministe”. Certes, comme le propose François dans son post, les “outils induisent un système de pensée”, mais c’est aussi notre façon “de penser ces outils” qui fait émerger des usages originaux et des pratiques innovantes. La technique ne “détermine” pas, elle “rend possible”, elle crée les conditions pour produire du sens, de la relation, etc… Pierre Lévy y insiste d’ailleurs dans son livre : “La technique, même la plus moderne, est toute en bricolage, réemploi et détournement.” Ainsi, les réseaux créent les conditions d’une “intelligence collective” (autre concept majeur chez Pierre Lévy) : “Une certaine configuration de technologies intellectuelles à un moment donné ouvre certains champs des possibles (et pas d’autres) à une culture.” C’est ce qui sans doute, nous permet de comprendre pourquoi la question des “savoirs” (leurs conditions de production, leurs principes de classification et leurs processus de capitalisation) est aussi stratégique pour l’ensemble des institutions, et comment ont été rendu possibles les conditions d’une “innovation ascendante“.